vendredi 9 janvier 2009

Tours,

Le 10 décembre 2008

Samedi 29 novembre 2008, nous sommes à Ivry-sur-Seine et animons un Porteur de paroles. Krystina, 56 ans, originaire de Pologne est intriguée par nos panneaux. Elle lit et en relit certains avec un air interrogatif. Je reste sur le côté, je l’observe et attends de voir ce qu’elle va faire. Elle s’avance vers moi et avec un français assez approximatif mais un charmant accent me demande qui sont les auteurs de ces remarques et quel en est le but. Je lui explique la raison de notre présence et lui demande, comme le veut la question du jour, ce qu’elle changerait dans son quartier, ce qui lui plaît et lui déplaît. A ce moment là j’avoue que je m’attends à une réponse plutôt banale et courante et je suis loin de m’imaginer ce qu’elle va me confier. Elle me raconte qu’elle vit en France depuis 22 ans, qu’elle est installée dans un foyer dans lequel elle occupe une chambre. Cette pièce fait 7m². C’est son unique lieu de vie. Il y a un lit et une télévision, rien de plus, rien de moins. Cela fait 13 ans qu’elle a fait une demande pour obtenir un logement plus grand. 13 ans qu’elle attend. Elle me regarde et je m’aperçois que des larmes inondent ses yeux. Elle continue son récit en me racontant que cela fait 2 fois qu’elle perd son emploi. La raison de cette perte va beaucoup m’étonner. Le manque d’hygiène de son domicile provoque l’arrivée d’insectes en tout genre dont des cafards. Une fois elle s’est présentée à son travail et son patron a aperçu un cafard sortir de son sac à main. Il n’en fallait pas plus pour qu’il l’a remercie. La deuxième fois qu’elle perdait son travail c’était pour les mêmes raisons. Depuis, la dépression la gagne lentement et elle n’a plus le courage et la motivation pour chercher un nouveau travail. Elle me propose de l’accompagner chez elle pour voir de mes propres yeux ce qu’elle qualifie d’insoutenable. Je lui dis que je la crois sur parole et que j’aimerais pouvoir l’aider. Krystina a l’air tellement triste et tellement seule. Je me sens terriblement impuissante et inutile, pourtant j’aimerais pouvoir l’aider. Le regard plein d’espoir elle finit par me demander si ce que j’ai pris en note servira à quelque chose, si ces mots seront transmis à la Mairie ou à une autre administration susceptible de l’entendre et de l’aider. Je ne trouve pas de mots alors je lui dis que oui et j’accompagne ce oui d’un sourire qu’elle me renvoie. Elle me quitte en me serrant la main, retenant ses larmes, et me souhaite bon courage.

C’est la deuxième expérience que j’ai du terrain. Bien sur elle ne m’a pas laissé indifférente, bien au contraire. Je me suis posée un certain nombre de questions suite à cette rencontre. J’aimerais que Krystina ait les mêmes chances que moi, qu’elle ait un logement décent, un travail et qu’elle ait une vie qui lui convienne. Je me pose les questions suivantes :

Est-ce qu’à notre échelle on peut aider (de manière indirecte) ces personnes là qui se présentes à nous et nous livre leur souffrance ? Peut-on soumettre des paroles de ce calibre là à des mairies, des assistantes sociales ?… Je suis consciente qu’on sort du concept de MP mais n’est ce pas aussi, dans notre position, un devoir ? Si l’on peut œuvrer dans ce sens pourquoi ne pas le faire ?

En tout cas, quand des personnes ont enfin l’occasion de sortir de leur mutisme et qu’elles le font en espérant être entendu il est difficile de ne pas concevoir de les aider…

Fatine