lundi 29 janvier 2007

Maintenant je sais pourquoi je suis là !

Le Porteur de paroles vu de l’intérieur, par Pierre, animateur :

Il est 9h00 du matin, la place Carrée, au cœur du forum des Halles à Paris, est encore vide. J’ai le carnet dans la poche, le stylo sur l’oreille, et la question en tête « Quels rêves pour la jeunesse ?»…

Mais pour l’instant, l’équipe de Matières Prises est seule, on se démène dans tous les sens pour installer le dispositif, sous le regard d’un agent de la sécurité et des gens qui font le ménage. Justement, l’un d’eux s’approche au moment où je scotche un panneau. Il lit :


J‘attends un peu, pour connaître sa réaction. Il hoche la tête me regarde, puis m’explique qu’il a un diplôme en gestion d’entreprise, un bac +4… Alors il me regarde dans les yeux et me montre, d’un geste du doigt, sa lessiveuse de sols.

Bon alors là… La seule chose que je trouve à faire c’est d'aller partager ça avec le reste de l’équipe. Le problème c’est qu’ils la prennent, eux aussi, la claque… Mais c’est quand même moins violent quand il y a un intermédiaire, et puis pour moi c’est nécessaire, c’est un réflexe… qui montre que la confiance et le travail ensemble, dans une ambiance bienveillante, permettent aussi ce genre de “bouée de secours”.

Le lendemain matin, le dispositif est installé dans un autre quartier. La première personne à qui je parle c’est une petite vieille, qui m’explique qu’elle n’ « ose » plus raconter sa jeunesse à ses petits enfants… tellement elle a conscience qu’ils vivent des choses difficiles. « Moi de mon temps… on avait le temps de rire. Maintenant c’est plus possible. (…)Quand j’ai eu l’âge de travailler, j’ai mis une annonce pour proposer mes services, il y a 35 patrons qui m’ont contacté… ».

Finalement, en même temps que je prends une claque, je m’aperçois de quelque chose d’intéressant : à moi, elle a « osé » en parler… pourtant je dois avoir à peu près l’âge de ses petits enfants ! Maintenant je sais pourquoi je suis là.


jeudi 25 janvier 2007

Grand format

C’est dans un cadre ouvert et très passant (on pourrait dire “bien achalandé”) que nous avons évolué les 21 et 22 décembre.

Le forum des Halles, et plus précisément la place Carrée, nous a ouvert ses portes le temps d’un Porteur de paroles. Le succès de cette proposition originale nous a permis de vérifier une fois de plus que les gens ont BESOIN d’exprimer leur avis. Pour les milliers de personnes qui empruntent cette place, entre métro, et galerie commerciale, c’était du jamais vu ! De nombreux témoignages sont venus appuyer cette allégation : « Ca fait 20 ans que je passe là tous les jours mais je n’ai jamais vu personne s’arrêter un instant ».

Re-belotte le lendemain, près du métro Colonel Fabien dans le 10ème arrondissement, en parallèle d’une fête de quartier. Une nouvelle source de satisfaction puisque les équipes de plusieurs centres d’animation, ainsi que des conseillers de quartier, et les responsables d’une association d’habitants… ont pu découvrir cette manière d'aborder leurs concitoyens.


En terme de participation politique, c’est une des difficulté que rencontrent les élus : recueillir l’opinion des gens. Notre association donne une réponse. Il en existe bien d’autres, comme les initiatives électroniques de simples citoyens. Sur ce sujet, vous pouvez en savoir plus en lisant cet article, thème de recherche parallèle d’un de nos animateurs.


mardi 23 janvier 2007

Paroles de jeunes conseillers

Les 23 et 24 octobre, Matières Prises a eu l’occasion de participer au congrès annuel de l’ANACEJ (Association NAtionale des Conseils d’Enfants et de Jeunes). Cette rencontre de jeunes conseillers donne lieu à de nombreuses discussions autour du thème de la participation.


Pour accompagner ces échanges Matières Prises intervenait à deux niveaux.

D’une part, en recueillant les paroles des jeunes sur un sujet classique mais (malheureusement) d’une actualité indiscutable : les rapports homme-femme (on devrait plutôt dire les “difficultés” des rapports homme-femme).



Ainsi, en proposant différents dispositifs, les jeunes conseillers ont pu s’exprimer sur ce thème, donner leur ressenti. Mais ils ont aussi pu découvrir des formes originales de débat : un porteur de paroles, et le débat de position.

Matières Prises était aussi présent dans un deuxième axe, plus global. L’idée était d’assumer un rôle de témoignage. N’étant pas directement impliqué dans un conseil, notre position nous a permis d’effectuer un certain nombre de constats. Ce regard extérieur à été retransmis lors de la plénière de clôture par Jérôme... voici un extrait :

(…) « Je suis ici pour parler au nom de notre équipe (Fabrice notre animateur bricoleur, Lise notre animatrice scribe et Pierre, notre animateur polyvalent) des impressions que nous ont laissées ce congrès. Pendant cinq minutes, je parlerai du déroulement du congrès, pendant cinq autres, du thème : Participer, ça change quoi ?

Nous sommes 4 passagers invités à bord de votre gros avion, l’ANACEJ, pour un vol de deux jours – le congrès- avec pour destination Paris. Durant le vol, nous avons discuté avec les passagers, le personnel, on a écouté, lu, questionné. Nous en avons tiré des "IPAV" : des Impressions Prises Au Vol.

Parmi ces "IPAV", plusieurs catégories :

  • Les « trous d’air » = les trucs pas cools
  • Les « loopings » = les trucs marrants, sympatoches
  • Les « ça plane pour moi » = les choses bien, satisfaisantes.

C’est dit dans cet ordre volontairement (du négatif au positif) pasque on a plutôt tendance à se souvenir des dernières choses qu’on entend. » (…)


samedi 20 janvier 2007

C’est un peu comme un travail de journaliste, non ?

L’un des animateurs de Matières Prises, Julien, nous propose son ressenti vis à vis de l’intervention que nous évoquions lors du billet précédent... à Soyaux, un quartier d’Angoulème.

"C’est la dernière demi-journée d’intervention. Nous avons été toute la matinée en centre ville d’Angoulême et nous nous retrouvons pour l’après midi à Soyaux, une triste banlieue. Le centre social avec qui nous travaillons se trouve dans un des immeubles qui borde une gigantesque place désertique. On dirait une sorte d’immense patinoire sans glace…


Quand nous arrivons, les 8 animateurs du quartier sont déjà là, prêts pour participer au Porteur de Parole. On décharge le camion tous ensemble et on se sépare rapidement en petits groupes. Certains partent interroger les habitants dans le quartier et je reste sur le dispositif avec MarieLine, Lise et 3 anims pour finir d’installer. Tout est en place quand débarquent une vingtaine de gamins et 3 anims du CLSH. Personne n’était au courant que le centre de loisir viendrait nous rendre visite et c’est la surprise de voir les gamins se pointer avec des anims ravis de nous les amener : « Ah, pour une fois qu’il se passe quelque chose dans le quartier ! »

J’improvise, j’explique ce que l’on fait. Cela ne déclenche pas vraiment
l’enthousiasme : « C’est nul ! ». Je leur propose de lire les panneaux. « Nan, ça craint ! ». Et je les lance sur le fait qu’ils vont nous aider, que ce sont eux qui vont être les acteurs et qu’ils vont interroger les passants. Tout d’un coup je sens que j’ai capté leur attention et l’un des gamins les plus critiques demande : « C’est un peu comme un travail de journaliste, nan ? ». Je confirme et leur décris le rôle d’apprentis journalistes. L’excitation devient perceptible et c’est la bousculade quand je distribue stylos et bloc-notes. Je plonge dans une caisse pour trouver les derniers crayons qui nous restent et quand je relève la tête et il n’y a plus personne. Ils sont tous partis ; il ne reste que les anims paniqués de voir les enfants s’égayer sur la place et moi surpris que cela ait si bien marché ! On rejoint les gamins sans se presser, eux courent partout, papillonnent d’un passant à l’autre, récoltent deux trois mots et repartent, coursent une mamie effrayée qui ne veut pas leur répondre, vont voir des gars qui “tiennent les murs”, des papis qui discutent, etc… Bref ils sont à fond dedans !..."



mercredi 17 janvier 2007

Test grandeur nature

Le 24 octobre dernier, nous intervenions dans deux quartiers différents d’Angoulême, où nos dispositifs ont été soumis à rude épreuve. Alors que nous étions dans le centre ville, la météo nous a permis de vérifier la solidité des installations que nous utilisons dans la rue. Nous pouvons garantir, en cas de grand vent, que les passants ne courent aucun danger… à part peut être celui de donner leur avis !

D’autre part, à Soyaux (quartier où nous avons mis en place un deuxième porteur de parole), un groupe de jeunes avec leurs animateurs a “envahi” le dispositif. L’occasion de s’adapter à un public spécifique, ce qui nous arrive rarement (par définition, dans la rue, on trouve tout le monde… une grande mixité sociale et générationnelle). L’occasion également de se souvenir, pour certains d’entre nous, des techniques d’animation acquises lors des centres de vacances et de loisirs. Par exemple, nous sommes habitués à observer les comportements des enfants pour adapter une activité, et lorsque nous intervenons dans la rue, nous observons les réactions des passants pour adapter le dispositif...

mercredi 10 janvier 2007

Un premier “billet d’actualité” sur le blog

Et oui, ceux qui ont déjà fait un tour dans ce coin d’Internet le savent, on en sait peu sur la vie de l’association au jour le jour. Pour commencer cette nouvelle formule dynamique en douceur, le mois de janvier sera consacré à une sorte de rétrospective des épisodes marquants de l’année 2006.

Du 23 au 25 mai, Matières Prises intervenait avec la communauté de communes du pays Vendômois, l’occasion de mettre à disposition notre savoir-faire grâce au dispositif Porteur de Paroles, tout en développant un processus global en plusieurs étapes. L’aboutissement de ce projet permet de réellement percevoir l’articulation entre les paroles des habitants et ce que les acteurs publics peuvent en retirer.

A Vendôme, en concertation avec les différents services, nous avons dressé une liste d’espaces publics représentatifs : lycée d’enseignement général, quartier d’habitat populaire, centre-ville commerçant, et contexte plus rural avec le village d’Azé.

Voici des exemples en image :

Une question posée

Quelques paroles récoltées









Il y a aussi des gens qui ne souhaitent pas… s’exprimer










Le mot de la fin (pour cette fois) est de Monique, 63 ans : « Je suis choquée par le mot “les vieux”. Pour moi, c’est péjoratif. Moi je dis “les personnes âgées”. En fait, ce n’est pas facile. Il faudrait inventer d’autres mots, des mots sympas. »