mercredi 10 mai 2006

Où êtes-vous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ?

Vous êtes sur le blog de l'association Matières Prises, association de gens qui fabriquent des situations, des animations, des découvertes, des rencontres dans l'espace public.
Ce blog est un site par défaut, autant avoir l'honnêteté de le dire d'emblée. Ce qui va suivre peut vous intriguer et devrait - je l'espère - vous donner envie de poursuivre.
Néanmoins, pour une vision plus (chrono)-logique, vous pouvez commencer par le premier commentaire intitulé " L’animation comme un art politique" et suivre les liens -> .
Si vous voulez continuer dans le désordre, ça marche aussi : à vous de voir...

Où allons-nous ?

Un projet politique...

La question du don

Tout ce dont nous parlons ici repose sur une logique de don et de bienveillance. La bienveillance consiste à nous mettre à la place des gens et non à celle que nous aimerions qu’ils occupent. Nous portons malheureusement tous en héritage le discrédit des discours politiques et l’impuissance générale qui caractérise notre époque. Les gens ont « donné » ; ils ont cru à des hommes, à des idées, au changement et… la réalité les a déçus. Ils sont fatigués et, la plupart du temps, ne feront pas d’efforts pour adhérer et donner de leur temps. Il appartient aux militants, s’ils veulent un retour du public, de re-séduire et de donner avec intelligence.

L’idéal

Puisqu’il s’agit d’inventer des formes de rencontres, donc de susciter l’intérêt en essayant d’être populaires, l’imagination est au pouvoir. Dans une logique de contamination positive, d’autres groupes utiliseront une partie de notre travail pour l’améliorer et en faire quelque chose de différent.


... Un gagne-pain :

  • Enquêtes publiques d'opinions pour des collectivités
  • Interventions dans des établissements scolaires
  • Animations dans des festivals
  • Conférences sur les nouvelles formes d'interventions dans l'espace public
  • Formation sur site et bientôt sur programme
  • Un projet de laboratoire de recherche-action sur les pratiques sociales et politiques

mardi 9 mai 2006

Combat contre la langue de bois

Objectifs et mode d’emploi

Arrêter de se plaindre et passer à l’action.
Essayer quelque chose, bouger, être vivant.
Véritable combat contre l’inertie et l’indifférence,
Contre la paresse et les petites lâchetés.
Six minutes pour dire ce qui vous tient à cœur.
Nous écouterons.
Langage clair et direct de mise.
Pas de droit de réplique. Pas de deuxième chance.


A partir d’un concept original de l’animateur de radio québécois Jacques Bertrand qui intervient en salle avec des artistes et des personnalités (le tout est retransmis à la radio), nous avons choisi, en utilisant les mêmes principes, de travailler dans la rue, avec des passants.

Pas de monologues ou de dialogues interminables, pas de confiscation de la parole : les « grandes gueules » qui habituellement viennent casser le débat sont censurées. On n’intervient qu’une fois et ceux qui veulent se faire entendre n’ont que six minutes de « pertinence » ou de « sensibilité » à leur disposition.

Le terme « combat » n’est pas vraiment approprié puisque, pendant deux heures environ, nous sommes dans une situation d’écoute où des gens viennent « lâcher » ce qu’ils ont sur le cœur. C’est suffisamment touchant, intéressant, varié, avec des rotations rapides, pour que le public devienne réceptif et adopte une attitude d’écoute.

Après dissolution du cercle, on offre à boire aux gens. Le public se divise spontanément en petits groupes dans lesquels chacun va voir celui, celle ou ceux qu'il a entendu prendre la parole et avec qui il a envie de discuter, de réagir.

Le débat commence alors...


-> Où êtes-vous ? Où allons- nous ? Qui sommes-nous ?

Les porteurs de paroles

Julien et Silvia, animateurs-récolteurs de paroles

Ce dispositif a pour but de faire réagir les passants sur un thème donné. On note leurs points de vue, puis on les affiche.

Il s’agit en quelque sorte d’un « Forum internet de rue », dans lequel vont se répondre les différents avis.


Thèmes du dispositif

Toutes sortes de thèmes peuvent être abordés : actualités, philosophie personnelle, questions locales...


Exemples de thèmes expérimentés

« Qu’est-ce qui est appréciable dans ma ville ? Qu’est-ce qui est regrettable ? »

« Donnez-vous pour les grandes causes ? Donnez-vous aux gens dans la rue ? Oui ? Non ? Pourquoi ? »

« Oui/Non/Je n’en sais rien. Qu’allez-vous voter pour le référendum sur la constitution ? »

"Il est plus facile de parler du peuple que de parler avec lui… Qu’en pensez-vous ? » (Porteur de paroles réalisé lors du festival de la ville de Créteil et du forum social européen de Saint-Denis).

-> Combat contre la langue de bois

Un exemple de module

Créé en 2003, "Rayon Homme Rayon femme" cherche à provoquer les passants sur des questions d'identité masculine et féminine. Pour leur donner envie de s'arrêter, nous n'échappons pas aux règles élémentaires de la communication : il nous faut une accroche.


Imprimé sur tee-shirts, Rayon Homme/Rayon Femme a navigué dans des festivals, des lycées, des rues et des places.

L'enjeu : comme pour chacun de nos dispositifs, toucher des jeunes, des vieux, des riches, des pauvres.

L'idée : avoir de l'humour, ne pas donner de leçons.

Le petit plus : se glisser au milieu des passants pour discuter, recueillir des points de vue, susciter la polémique et le débat impromptu.

-> Les Porteurs de paroles

Principes, idées, lignes directrices

Quelques idées fortes attrapées en chemin

- Les gens, même les plus hermétiques aux débats politiques, ont un point de vue sur le monde et sur la société.

- S’ils ne sont pas intéressés par les débats, s’ils ne participent à aucune mobilisation, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas d’envies ou d’idées, mais plutôt parce que les formes d’engagement qui leur sont proposées les effraient, les heurtent et/ou ne les renvoient à rien de familier ou d’apprivoisable.

- Notre utopie consiste à penser que pour changer la société, il est nécessaire d’inventer d’autres formes de rencontres, de trouver de nouvelles passerelles pour que différents milieux et différentes générations puissent se rencontrer.

- Notre travail consiste à créer des situations qui permettent des rencontres inattendues et favorisent de nouvelles alliances.

Animation et éducation populaire

Il s’agit bien d’animation, au sens d’une discipline générale qui consiste à « mettre en vie » des situations et des espaces-temps à l’aide de différentes "matières" (la parole, l'écrit, le dessiné, le joué, le pensé, le mangé...) et différentes méthodes, sans être assujettis comme les intervenants habituels de rue, à un savoir-faire spécifique et unique.
De l'éducation populaire : des formes d’échanges accessibles au plus grand nombre, des interactions et/ou des co-productions avec les passants/habitants.

Une pratique interculturelle

Tout ce que nous faisons part de et nous ramène à une réflexion sur les relations interculturelles. Comment entrer en relation avec des étrangers ? Comment communiquer avec toutes ces personnes qui ne vous connaissent pas, qui ne partagent pas nécessairement certains de vos choix : choix d’opinions, choix de mots, choix d’apparence, choix de vie ? Comment arriver à se comprendre ? Ce sont les questions qui ont orienté nos réflexions pratiques.

Une option tactique

Nous appartenons au champ des pratiques contestataires non-violentes : occuper l’espace public pour y faire vivre un débat public et décorer la ville marchande de points de vue de passants, habiter des places qu'on ne fait que traverser, c'est une forme d’action politique qui conteste par la proposition, évite le rapport frontal au pouvoir et préfère les petites victoires locales aux grands soirs toujours repoussés.

Pour finir, nous ajouterons que cet usage de la contestation par l’expression ne peut se comprendre pleinement si on ne partage pas ou pas assez les principes qui suivent.
  • Il existe une inégalité dans la valeur accordée à la parole de chacun, qui va de la sur-valorisation à la négation de la parole.
  • Chaque individu possède pourtant la capacité de philosopher et de discourir.
  • Se sentir écouté fait du bien et rend plus disponible à une écoute en retour.
  • Chaque point de vue, par sa pertinence, sa banalité, son étrangeté ou son apparente stupidité, possède la faculté de nous pousser à la ré-flexion.
  • Un échange peut nous faire évoluer ou nous inscrire dans une série de moments constructeurs d’un changement à venir.
  • Changer ou changer ses représentations participe du changement de la société.
  • Réussir à entrer en relation avec autrui, mettre en relation des milieux sociaux et des générations éloignées ou qui se méconnaissent est une victoire sur l’ordre social.

-> Un exemple de module

Concrètement, on fait ça :

- Des modules d’information Récits portant sur des questions de société, transformés en expositions de textes illustrés ou de bandes dessinées, disposés dans la rue sous une forme et un support attractifs.


Modules d'information - Matières Prises
Vidéo envoyée par jeromeguillet37


- Des porteurs de Paroles « Micro-trottoirs » où l’on interroge les passants avant d’écrire et d’exposer leurs points de vue, de manière à provoquer des réactions, donc d’autres points de vue.

Porteurs de paroles sur le TCE

- Des combats contre la langue de bois Espaces de prise de parole organisés selon des règles qui permettent de prendre la parole à ceux que l’on n’entend jamais dans les débats.


-> Principes, idées, lignes directrices

L’animation comme un art politique

Lézards politiques est le nom d’un groupe qui a expérimenté des animations de rues avec l’ambition de créer des débats et des échanges sur la place publique, des rencontres entre habitants, passants, inconnus familiers, gens mille fois croisés et jamais rencontrés.
Cette association aujourd’hui en sommeil a donné le jour à un festival « Débattons dans les rues » qui se tient chaque année à Tours et à notre collectif : « Matières Prises » .



-> Concrètement, on fait ça :